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Edito le CXP : Le libre, voie de salut possible pour les éditeurs français ?

Plus qu'une lessive efficace, l'Open Source redonne des couleurs, de la vivacité et de l'éclat, en ces temps moroses, à une édition française de logiciels qui fait grise mine. A l'heure où de nombreux éditeurs traditionnels abordent 2009 dans les affres du doute, le monde du libre fait preuve d'allant et d'esprit conquérant. Très récemment, des acteurs significatifs de l'Open Source français (pourtant de petites structures) ont en effet annoncé des levées de fonds substantielles destinées à soutenir plusieurs projets de développement à l'international.

Le français Talend (une centaine de salariés) va encore plus loin. L'éditeur de logiciels d'intégration et de solutions décisionnels en open source (voir notre Rapport d'expertise : Jasper Business Intelligence Suite de TALEND et JASPERSOFT) avait déjà ouvert un bureau à Palo Alto (Californie) en juin 2007. L'arrivée de la crise n'a pas rogné ses ambitions : il a bouclé il y a quelques semaines sa troisième levée de fonds, pour un montant de 12 millions de dollars (la plus grosse levée de fonds dans le logiciel des douze derniers mois), menée par Balderton Capital, société anglaise de capital risque, et AGF Equity. Au total, Talend aura levé plus de 20 millions de dollars sur les trois dernières années. Autre signe révélateur : son conseil d'administration vient d'accueillir le visionnaire Bernard Liautaud, bien connu pour avoir fondé Business Objects et conduit cette société au succès international jusqu'à son rachat par SAP. La somme levée par Talend est destinée à augmenter sa présence à l'international : ouverture prévue d'une filiale en Grande-Bretagne et recrutement de partenaires pour assurer des ventes en Europe du Sud et sur le marché asiatique.


En novembre dernier, Nuxeo, éditeur d'une solution logicielle de gestion de contenus d'entreprise (ECM), réussissait à lever 2 millions d'euros auprès du fonds d'investissement OTC Asset Management. "Notre approche innovante et open source a permis à Nuxeo de se hisser, avec des moyens financiers très limités, parmi les leaders d'un marché à la fois mûr et en plein développement", se réjouissait alors Stéphane Fermigier, fondateur de la société. Fort de ce soutien financier, le même Nuxeo annonçait la semaine dernière l'ouverture d'un bureau à Boston (Massachusetts), et chargeait sa toute récente division américaine Nuxeo Corp. d'accompagner le développement de l'activité de l'éditeur sur tout le continent américain.


De ces exemples concrets, plusieurs points à retenir :

  • Le marché de l'open source ne connaît (apparemment) pas la crise et confirme sa promesse de vecteur majeur de croissance : ses promoteurs prévoient qu'il pourrait représenter jusqu'à 30% des investissements en logiciels et services informatiques d'ici 2012 ;
  • Le " libre", tenu longtemps suspect par les financiers, n'effraie plus les investisseurs, pourtant extrêmement prudents en cette période ;
  • Le marché américain et anglo-saxon continue d'être un passage incontournable pour le rayonnement de l'industrie française du logiciel, produit mondial par nature ;
  • Les mois et années qui vont venir devraient voir se multiplier dans le secteur du libre des opérations de fusion et des acquisitions portant sur des centaines de millions de dollars (du style de la vente de JBoss à Redhat en 2006), car on peut supposer que les acteurs français arrivés à une taille critique se feront racheter par de grands éditeurs internationaux ;
  • Enfin, la crise n'a pas tué l'innovation : il reste des petits "frenchies" inventifs et dynamiques, doués d'esprit d'entreprise et de conquête, et qui, comme disent les jeunes aujourd'hui, n'ont "même pas peur".


Certes, de telles initiatives sont encore rares et encore peu représentatives de l'industrie française du logiciel. Mais elles révèlent qu'une voie de salut peut s'ouvrir par le "libre" et qu'il existe des alternatives à la frilosité. Il faut s'en réjouir.


Claire Leroy

L'Œil Expert, 17 février 2009

Edito - Le CXP